La Parisienne
(A.Wéry)

Jamais j’n’aurais cru en quittant Paris, qu’un mineur serait devenu mon mari
J’l’ai connu je n’le sais comment, il m’a parlé d’sa vie, d’ses tourments
Travailler l’charbon quel triste métier, j’éprouvais pour lui beaucoup d’amitié
Finalement comme il m’a séduite, j’devins sa femme et j’étais tout pour lui
Curieuse femme, il faut qu’j’aille voir, la remonte de ces gueules noires
D’un profond trou ténébreux, ils reviennent noirs et poussiéreux
Pour descendre dans ce’trou béant, faut pas être un fainéant
Ils ont l’caisson d’un colosse, pour qu’ils bossent dans ces fosses
J’étais fière d’avoir l’honneur d’être la femme d’un mineur

Puis on s’est marié, on n’avait pas d’rond, on s’est installé dans un vieux coron
Et bien vite on eut des amis, des voisins qui parlaient ch’ti mi,
On passait chez eux des soirées entières, et vas-y café et roulaient cafetières
Et quand vint au monde mon garçon, quelle joie, quel bonheur dans la maison
J’m’y faisais vous pouvez m’croire, un roman, belle page d’histoire
Malgré l’métier périlleux, mon homme trouvait tout merveilleux
D’son p’tit gosse il était fou, lui disant sur ses genoux
" Plus tard, faudra qu’tu y bosses, comme d’autres gosses à la fosse
Ce n’est pas un déshonneur d’être ouvrier mineur "

Puis survinrent la guerre et l’occupation, souffrances, misères et déportations
Mon homme fit comme tous ces copains, sabotages, attaques et coups d’mains
Mais hélas les Boches étaient peu pointus, lui tendirent un piège et m’l’ont abattu
C’est fini, fini mon chéri, l’gosse et moi, nous r’voilà à Paris
Quand j’évoque ce territoire, aux immenses terrils noirs
Je revois d’un air fringueur, tous les copains, tous les mineurs
On m’a admise parmi eux, " Va chérie, t’f’ras de ton mieux "
" Plus tard quand tu parleras de ton homme, dis au môme que ma pomme
Est tombée faisant son d’voir, comme l’ont fait tant d’gueules noires "

Sommaire d'Edmond Tanière


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